Vous êtes toujours sur les ondes de Radio Taiwan International, bonjour à toutes celles et ceux qui nous rejoignent actuellement, vous êtes en compagnie de Zoe LO pour l’émission « Je travaille à Taiwan ».
Dans l’émission précédente, nous avons rencontré M. Jérome Lanche, qui est enseignant de français dans le département de français à l’université nationale centrale de Taiwan depuis deux ans. Il
nous a présenté les caractéristiques de son université, les critères générales et le seuil minimal pour déposer une candidature d’enseignant au sein d’une université taiwanaise, le contenu
de son travail, les difficultés auxquelles il doit se confronter face aux étudiants taiwanais et les différents systèmes universitaires entre Taiwan et la France. Aujourd’hui, nous allons
continuer à nous intéresser à cette activité de l’enseignement à Taiwan.
Dans l’esprit de la plupart des professeurs occidentaux, les étudiants taiwanais sont plutôt timides et n’osent pas de s’exprimer aux cours. Cependant, d’après l’expérience de M. Lanche, il croit
que chaque étudiant taiwanais a son propre caractère et sa propre pensée mais, probablement à cause du système éducatif, ils n’ont pas l’habitude d’exposer publiquement leurs opinions:
« La différence que je vois l’attitude d’apprentissage des étudiants taiwanais et leur attitude en cours par rapport à des étudiants francais. Elle tient à la différence des sytèmes
éducatifs eux-même. Dans le système éducatif francais, très tôt on incite les enfants à développer une pensée critique et à construire un raisonnement dès le collège. On leur demande de
construire un paragraphe et une argumentation et on leur demande de s’exprimer leurs idées à l’orale ou à l’écrit. C’est qui a pour conséquence lors qu’ils arrivent à l’université, ils
parlent plus volontier, ils s’expriment plus volontiers leurs avis personnels si on les sollicite. Dans le système taiwanais, l’approche est plus différente, on a moins de tendance à développer
cette approche critique notamment la construction de l’argument. Ce qui a pour conséquence que les étudiants s’expriment, en tout cas, au départ moi, facilement, lors qu’on leur pose des
questions sur leurs conceptions ou leurs idées. Ceci dit c’est aussi à nous, en tant qu’enseignant de créer un environnement qui leur permet de dépasser cette première difficulté. Une fois qu’on
a créé cette environnement, un environnement qui les met en confiance, les étudiants s’expriment volontiers. On travaille bcp d’ailleurs dans les cours sur cette technique de construction de
l’argument et d’organisation de la pensée en vue de convaincre. Petit à petit, c’est l’attitude des étudiants évolue. Ils parviennent à développer des raisonnements tout à fait similiaires à ce
que développerai un étudiant francais mis dans les même conditions. C’est pas une limite, c’est juste une différence dans l’approche de système éducatif mais qui se travaille et qui peut
progresser. »
Les différents systèmes éducatifs mènent à différentes manières de travailler. Pour un enseignant étranger, il doit apprendre comment inciter les étuditants taiwanais à s’exprimer leurs idées. Surtout, à Taiwan, de l’école primaire jusqu’au lycée, en général, au lieu de demander à construire une argumentation, les élèves sont souvent contrôlés par les examens et questionnaires à choix multiples. De ce fait, nous pouvons comprendre pourquoi l’encouragement aux étudiants taiwanais à prendre la parole et de développer une nouvelle façon de penser est très important.
Travailler avec les enseignants de diverses nationalités, M. Lanche trouve que les approches d’enseignement de professeurs taiwanais sont très complémentaires. Contrairement à ce que pensent parfois les étudiants taiwanais, les professeurs français ne sont pas toujous les mieux placés pour enseigner la pratique du français. Pour preuve, les étudiants auxquels il enseigne au deuxième année qui ont suivi un enseignement exclusivement dispensés par des professeurs tawanais ont arrivé à un excellent niveau de prononciation et ont acquis les bases du français nécessaires. Notamment, les professeurs taiwanais comprennent bien les spécificités et les difficultés de la langue, donc ils sont en mesure d’expliquer de manière efficace aux étudiants. Par conséquent, cette complémentarité donnée par les enseignants de différentes nationalités garantit aux étudiants une formation complète.
Depuis ces dernières années, le département de francais de l’UNC élargit ses collaborations
avec plusieurs établissements francophones en France, en Suisse, au Canada, et en Belgique. Ceci permet aux étudiants de passer une année d’échange durant leur scolarité et de découvrir les
cultures francophones. Par ailleurs, c’est aussi une occasion pour les étudiants de développer une pensée intellectuelle en se baignant dans un environnement nouveau. Nourir cette curiosité
intellectuelle est aussi un but essentiel dans l’apprentissage d’une langue.
« Le conseil que je donnerai peut-etre aux étudiants qui souhaite progresser dans leur connaissance du français et leur apprentissage de la langue française. C’est d’abord de ne pas
considérer la langue comme un simple outil de communication. C’est-à-dire qu’une maîtrise technique de la langue n’est jamais suffisante pour communiquer. C’est pour ca, je conseille souvent aux
étudiants au-delà de leur apprentissage du francais d’assister à des spectacles et de lire la presse pour se tenir informé des sujets qui sont discutés par les francophones mais aussi d’acquérir
une une culture générale et aussi d’approfondir la connaissance de la culture taiwanaise parce que bien souvent lors qu’ils se retrouvent dans un environnement francophone, on leur posera des
questions sur le cinémas taiwanais, le théâtre taiwanais et la vie taiwanaise.»
Selon M. Lanche, à la sortie de l’université, la proportion des étudiants qui utilisent professionnellement le francais reste assez faible. Pourtant, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de débouchés professionnels avec le français à Taiwan. Au contraire, puisque dans les métiers de la culture, les échanges culturelles entre Taiwan et les pays francophones sont très forts. Donc, il existe beaucoup de débouchés dans ce domaine. Par ailleurs, le fait que la langue francaise n’est pas souvent utilisée par des étudiants dans la vie professionnelle ne signifie pas que les compétences qu’ils ont développées durant leur apprentissage sont inutiles dans leurs vies professionnelles. En effet, en dehors de l’utilisation de la langue proprement dite, ils développent une réflexion logique et une ouverture plus grande, une tolérance envers toutes les cultures et opinions différentes. En conséquence, le fait d’avoir suivi des études dans un département de français est parfois un atout valorisant dans certains métiers.
En tant qu’enseignant du département de français, M. Lanche espère qu’à part de maîtriser techniquement la langue française, les étudiants pourront étendre leurs connaissances dans des domaines pluridisciplinaires et qu’ils continuent à apprendre le français avec plaisir.